2-3 Novembre 2015
Angers

Centre des Congrès
Année internationale des sols 2015
jiag ofsv 2015

Intervention SIVAL Elisabeth d’Oiron Verame

Mesurer l'impact des pratiques sur la qualité des sols est un sujet déjà très ancien, qui concerne tous les sols, qu'ils soient ruraux ou urbains.
C'est une préoccupation commune à tous les utilisateurs de sols, qu'ils soient gestionnaires du paysage (les agriculteurs, les forestiers, les propriétaires fonciers, prestataires de services agricoles, etc .) ou aménageurs du territoire (mairies, communauté de communes, ou d'agglomération, pays, départements, régions, DDTA, DRTA, ministères, état , gouvernements...)

Dans le domaine du travail du sol, il faut remercier les agriculteurs qui ont porté depuis 30 ans, des réflexions d'abord solitaires, puis en groupes, adossés progressivement aux organisations agricoles, aux producteurs d'agrofournitures, aux organismes de recherche, aux instituts techniques.

Ce sont eux qui ont fait émerger progressivement l'agriculture raisonnée, l'agriculture biologique, l'agriculture de conservation, l'agriculture biodynamique, et surement d'autres approches qui n'ont pas encore été clairement nommées.

Tous ces gens qui ont travaillé, tous ces groupes qui se sont concertés et qui ont porté des essais, sont partis des mêmes conclusions : l'agriculture conventionnelle, ou plus pragmatiquement l'agriculture d'après-guerre a rendu les services que l'on attendait d'elle, mais ce système généralisé devait évoluer.

On attendait d'elle, de pouvoir nourrir une population toujours plus nombreuse, avec moins de main d'œuvre, moins de surface, et pour moins cher !
Non seulement ça a marché, mais en plus aujourd'hui encore, tout le monde trouve ça normal !!

Malheureusement, aujourd'hui, il est courant d'oublier les efforts de ceux qui sont parvenus à ces exploits, en énumérant une liste de « MAIS » à propos de cette agriculture
- Mais elle destructrice
- Mais elle est chimique,
- Mais elle est polluante,
- Mais ...etc.

Tous ces gens qui ont travaillé, ont fait le mieux qu'ils pouvaient avec les moyens dont ils disposaient à leur époque. Et c'était la pointe du progrès !
Tous ces gens, dont nous sommes les successeurs ou les héritiers, s'ils étaient là aujourd'hui, avec les moyens dont nous disposons aujourd'hui, feraient comme nous : Ils chercheraient à faire évoluer le système pour répondre aux besoins d'aujourd'hui.
Mais au fait, qu'est-ce que c'est que le besoin d'aujourd'hui ?
Le besoin d'aujourd'hui nait d'une observation que nous pouvons tous faire : le sol est une surface finie, (voire en diminution avec le réchauffement de la planète), qui doit supporter et accueillir des besoins quasiment infinis.

Il faut donc
1- Que ces activités infiniment variées n'engendrent pas de dégradations irréversibles.
2- Que puissent être arbitrés des conflits potentiellement graves entre des usages concurrents

Et quels sont les moyens d'aujourd'hui, dont nos prédécesseurs ne disposaient pas autrefois ?
1- Tous les savoirs récents, en particulier ceux sur la biologie des sols, et sur la durabilité des écosystèmes, mais aussi la compréhension du lien entre la biodiversité et la durabilité. Des chapitres essentiels du travail de la recherche.
2- Les techniques nouvelles d'analyse de la qualité des sols. Encore le travail de la recherche.
3- Les NTIC Nouvelles Techniques de l'information et de la communication
4- mais aussi, et de manière fondamentale, la manière dont les agriculteurs se sont organisés en réseaux, communiquent entre eux d'un bout à l'autre de la France, mais aussi d'un bout à l'autre du monde. Ils sont devenus plus que jamais les acteurs de leur futur, au fur et à mesure que le cadre de leur activité laissait paraitre à leurs yeux des faiblesses.

Quel est le rôle de l'OFSV dans cette histoire, si tout cela existait déjà « avant » ?
L'OFSV apporte au puzzle déjà très important des dispositifs existants, une pièce qui lui manquait :
- Il est l'animateur d'un réseau d'agriculteurs et de chercheurs qui réunit toutes les tendances agricoles, pour les équiper avec les mêmes outils, pour les aider à se « comparer OBJECTIVEMENT »
- Il est co-coordinateur des projets de recherche qu'il fait émerger en réponse aux besoins des utilisateurs des sols.
Et pour être sûr que cette manière de travailler soit accessible, non pas à quelques tendances dominantes, quelles qu'elles soient, mais à toutes les tendances, y compris celles que l'on ne sait pas encore nommer, l'OFSV cherche à faire émerger des outils utilisables directement par les agriculteurs, et les utilisateurs des sols en général.

Ce faisant, tous les utilisateurs des sols peuvent continuer, pour ceux qui le veulent, à participer à des groupes de travail qui conservent leur indépendance, et qui font « leurs essais dans leur coin » et qui veulent mesurer les effets sur leurs sols.

MAIS, en faisant émerger des outils validés simultanément par la recherche et par les utilisateurs des sols, il crée la possibilité de centraliser les résultats, et de faire émerger un niveau supplémentaire de compréhension, dont personne ne dispose aujourd'hui : Il s'agit des tendances qui apparaissent lors de la comparaison de tous les résultats individuels.

Ces résultats seront rendus accessibles de deux manières :
- Pour chacun de nous, individuellement : Quand nous ferons faire des analyses de sols, nos résultats seront rapprochés des résultats moyens des autres parcelles analysées du même type de sol, (en conservant notre anonymat pour quiconque d'autre que vous). Nos résultats seront rapprochés d'un seuil d'alerte et d'un optimum par indicateur, mais aussi d'une valeur de référence, correspondant à la moyenne des résultats de la région ou du « pays » ou du type de sol de notre échantillon.
o Ces comparaisons et /ou ces bornes ont été conçues dans le même esprit que celles que l'on nous donne quand on fait une analyse de sang. Suivant ce principe, c'est autant nos résultats personnels que leur rapprochement de ces repères qui nous permettent de savoir si il y a un problème ou pas.
- Pour le grand public et les professionnels des sols pendant les Journées Nationales de l'Innovation Agricole (JIAG) : Les seuils d'alerte ou les optimums, ou les cas d'innovation immédiatement transmissibles et enseignables, seront présentés et mis à disposition du public lors des Journées Nationales de l'Innovation Agricole (JIAG), tous les deux ans.

Enfin, ce nouveau moyen de travailler ensemble « si on veut», ouvre une possibilité qui n'a pas de précédent : En travaillant avec les utilisateurs des sols très mobilisés sur ces sujets et qui le souhaiteront, poser les fondations d'un réseau de veille à l'innovation agricole.

Qu'est-ce que c'est qu'un réseau de veille à l'innovation Agricole ?

C'est un réseau d'agriculteurs et d'utilisateurs des sols en général, dont les membres sont désireux de participer à une démarche de recherche opérationnelle, en travaillant avec des équipes de recherche, en vue de comparer les approches par la mesure de leurs effets sur les sols, sur la rentabilité et à moyen terme, sur la qualité des productions.
Les comparaisons seront suivies de projets d'étude des processus de production pour identifier les pratiques innovantes.
Et là aussi, ces projets seront co construits entre professionnels des sols et chercheurs.
Dans ce travail en commun entre chercheurs et agriculteurs, l'amélioration des savoirs scientifiques, techniques et opérationnels, sera le bénéfice commun des participants,
La diffusion des connaissances sur de nouvelles pratiques ou de nouveaux outils au grand public et aux professionnels, sera le bénéfice général.

Dans ce travail, ce qui est révolutionnaire, auquel on accède grâce à ces nouvelles techniques, c'est qu'on ne prédéfinit pas les itinéraires techniques, de manière, justement à identifier leurs effets sur la qualité des sols.

En cela, le réseau de veille fonctionnera à l'envers des expérimentations menées depuis 50 ans et viendra les compléter de façon très enrichissante pour l'identification des processus innovants.
Ce sera une seconde pièce supplémentaire au grand puzzle des dispositifs existants, destinée à servir à tous.

Où en sommes-nous dans nos projets magnifiquement ambitieux ?
Vous allez retrouver les projets que nous portons, entre autres, dans la présentation de Lionel Ranjard.

Télécharger sa présentation (Powerpoint)